
La fracture numérique (ou « digital divide ») est la matérialisation de la dissonance cognitive qui nous permet de constater les écarts entre les mythes de la société de l'information et les réalités du terrain, ou en d'autres termes le fossé existant entre infos-riches et infos-pauvres. Déjà dans les années 1970, on pressentait l’échec du rêve planétaire de Macluhan à travers le fossé séparant pays pauvres et pays riches. En effet, cette conception d’une société mondiale dans laquelle la communication regrouperait les hommes, les mettrait sur un même pied d’égalité au sein d’un global village planétaire est bien une conception impensable et encore utopique jusqu’à aujourd’hui. Impensable dans la mesure où malgré les progrès technologiques et les innovations apportées par les TIC, les pays du Sud et certaines régions enclavées au sein même des pays du Nord souffrent d’inégalités et de déséquilibres infrastructurels relatifs au manque d’équipements et de production d’informations de contenu local.
Serges Proulx qualifie de “dystopie informationnelle"[1] ce durcissement des fractures numériques qui se
traduit par la séparation des urbains et des ruraux, et la mainmise des Américains sur les réseaux et le contrôle des flux transfrontières des données, etc. En donnés chiffrés [2] , la fracture numérique se mesure
par des statistiques de connexion et d’accès à internet ou à un PC en oubliant de prendre en compte les disparités cognitives et les inégalités sociales existantes en amont. Ces statistiques
soutiennent, par exemple que 5 milliards d'humains n'ont pas accès à un ordinateur; 50% de la population mondiale n'a jamais parlé dans un
téléphone; 20% de la population mondiale a accès à 80% des PC dans le monde; 80% des utilisateurs d'Internet représentent 20% de la population
mondiale; 800 000 villages (30% des villages mondiaux) n'ont aucune connexion à une quelconque TIC (technologie de l'information et de la communication), téléphone
inclus; 3,1% des Africains ont accès à Internet contre 55,7% de la population d'Amérique du Nord; 10,7% des
Brésiliens, 4% des Chinois et 1,2% des Indiens possèdent un ordinateur contre 40% des Français.
Pour réduire la fracture numérique mondiale, de nombreuses mesures et initiatives sont prises à l'échelle planétaire, rendant ainsi la métaphore “société de l'information” politique. Le dernier grand événement qui a alerté l'opinion internationale était l'organisation du Sommet Mondial de la société de l'Information (Genève 2003, Tunis 2005), qui a officialisé pour la première fois l'implication de la société civile dans la lutte contre la fracture numérique. C'est également à l'issue de ce sommet qu'un Fonds de Solidarité Numérique a été créé suite à l'idée du président Sénégalais, Abdoulaye Wade. Toujours-est-il que trois ans après la création de ce fonds, les principes de solidarité numérique ont du mal à être appliqués sans doute compte tenu des nombreux paradoxes et dualités qui déchirent encore ladite “société de l'information” qui aspire à devenir véritablement inclusive [3] .
[1] PROULX Serges, Op.cit., P.7
[2] Source : Libération, novembre 2005 - Chiffres : Onu
12 L’« e-inclusion » telle que proposée pour réduire la fracture numérique, consisterait à établir des passerelles (digital bridges) qui relieraient les différents territoires, ce qui nous ramène à l’édification du « village global » de Marshall Macluhan. FULLSACK Jean-Louis, KIYINDOU Alain, MATHIEN Michel, PERRIAULT Jacques, « Fracture numérique », In « La Société de l’information : Glossaire critique », La Documentation française, 2005, pp. 75-79.
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