Mercredi 12 mars 2008

               Autoroutes de l'information, télématique, société post-industrielle, ère technétronique, société en réseaux, société de la connaissance, société de l'information, société du savoir, capitalisme informationnel…. Autant de métaphores et d'expressions pour qualifier et identifier la portée des changements technologiques caractéristiques de notre époque. Finalement, c’est l’expression « Société de l’information[1] » qui s’est imposée comme terme hégémonique non pas parce qu’elle exprime une clarté théorique par rapport aux autres concepts,  mais plutôt en raison de son adoption par les politiques officielles des pays développés. La Déclaration de principes de Genève adoptée au lendemain de la première phase du Sommet Mondial de la Société de l’Information (SMSI) par les gouvernements, vient d'ailleurs confirmer dans son premier article la volonté et la détermination communes d’édifier une société de l’information à dimension humaine, inclusive et privilégiant le développement.

 

      Toujours est-il que cette notion de “société de l'information” soulève des ambiguïtés qui la rendent floue et sans définition précise. Elle ne veut pas dire, par exemple, que chaque personne soit aujourd’hui en possession d’une grande quantité d’informations et de connaissances, mais indique plutôt un déplacement de l’activité humaine de la fabrication de biens vers le traitement de l’information et du savoir. Cette approche fait  référence à l’apparition du terme information society en 1973 dans l’ouvrage du sociologue et économiste Daniel Bell intitulé Vers la société post-industrielle : une tentative de prévision sociale[2]. A en croire Jeremy Rifkin, l’ère du capitalisme industriel est bien finie, nous devons maintenant passer à autre chose: notamment à une société caractérisée par la prééminence du secteur tertiaire, la centralité de l’information et de la connaissance et l’émergence des nouvelles élites techniciennes et de nouveaux principes de stratification sociale. C’est dans ce même ordre d’idées qu’Annie Chéneau-Loquay dans «Technologies de la communication, mondialisation, développement» trouvait que: « Le concept d’ère ou plus couramment de “société de l’information’’ exprime la vision d’un nouveau type sociétal, post-industriel où l’information et le savoir deviendraient les forces motrices de la croissance au détriment du travail et même du capital.» C'est cette emprise de l'information sur les modes de productivité et d'organisation sociale qui amène Manuel Castells[3] à  caractériser la société actuelle de “société informationnelle”. 

            D’autre part, il faut reconnaître que la “société de l’information”, en tant que construction politique et idéologique, s’est développée dans le cadre de la globalisation néolibérale qui visait principalement à accélérer l’instauration d’un marché mondial ouvert et autorégulé. Cette politique était menée en étroite collaboration avec des organismes multilatéraux comme l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque Mondiale afin que les pays peu développés abandonnent les réglementations nationales ou les mesures protectionnistes risquant de «décourager» les investissements. 

       


[1] Notion née dans la décennie 1970.

[2] Il faut souligner que Fritz Machlup (1962) et Alain Touraine (1969) précèdent Daniel Bell dans la lignée des précurseurs de la nouvelle société de l’information.                                                                                                             

3 Castells  Manuel, L’ère de l’information, 3 tomes, Fayard, 1998-1999

Par Destiny Godson - Publié dans : Société de l'information
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